LE BONHEUR OCCIDENTAL

, par Estelle

Un panorama désenchanté et cynique de notre société moderne à travers de courts récits rocambolesques. Bien vu mais on s’attendait à plus d’humour.

Avec son complice Philippe Dupuy, ils ont reçu le Grand prix de la ville d’Angoulême 2008 pour l’ensemble de leur oeuvre ("Monsieur Jean", "Henriette", "Bienvenue à Boboland"…) mais le duo est désormais séparé et chacun poursuit sa carrière en solo. Inspiré de la réalité ou pas, dans "Le bonheur occidental", Charles Berberian gifle M.Van Glüten, l’auteur phare de la même maison d’édition que lui qui vient de le traiter de "has been". Convoqué pour des excuses officielles, l’éditeur en profite pour lui poser un ultimatum, déçu par ses chiffres de vente et ses "idées pourries" : "Soit tu m’apportes un projet avec Dupuy soit c’est pas la peine". Et il lui flanque dans les pattes sa nouvelle éditrice : elle est obèse, vêtue d’un jogging et n’aime pas lire mais c’est la fille de l’actionnaire majoritaire de la boîte.
Ce court récit est le premier d’une série déjà publiés dans différents magazines (Télérama, The New Yorker, Les inrockuptibles, lemonde.fr, etc). Berberian y est tour à tour acteur - n’hésitant pas alors à faire oeuvre d’autodérision -, ou simple narrateur de situations sans queue ni tête mettant souvent en scène des personnalités (Gotlib, les Monty Python, Daft Punk, DSK, Sarkozy, Hollande…) et qui n’ont d’autre lien entre elles que celui de pointer les dérives de notre société moderne. Via le trait toujours aussi fluide de Berberian qui a choisi ici de varier les styles graphiques, les éditeurs en prennent pour leur grade, tout comme les financiers et les politiciens qui apparaissent complètement déconnectés de la réalité. Le bonheur occidental n’est guère réjouissant… Malheureusement si les histoires sont d’un cynisme réjouissant, ils ne sont pas aussi drôles qu’on pouvait l’espérer et les chutes tombent même parfois à plat.

Dessin et scénario : Charles Berberian - Editeur : Fluide Glacial - Prix : 17 euros.