L’HOMME QUI TUA LUCKY LUKE

, par Estelle

"J’ai détruit la légende ! J’ai tué Lucky Luke !" Ainsi commence cet album hommage au cow-boy solitaire qui fête ses 70 ans cette année. La série de Morris revisitée de fort belle manière, plus adulte et plus réaliste, par Bonhomme.

Tuer Lucky Luke ? Drôle d’idée pour un hommage ! Pour fêter les 70 ans du fameux poor lonesome cow-boy de Morris, Dargaud a en effet offert à Matthieu Bonhomme la possibilité de réaliser un one-shot autour du héros de son enfance.
Froggy Town ne devait être qu’une étape. Mais quand les habitants de la bourgade pluvieuse, déçus par le manque de résultats du shérif et de ses frères, demande à Lucky Luke d’enquêter sur l’attaque de la diligence qui transportait l’or des mineurs, le justicier accepte. Point de clan Dalton et de Rantanplan ici, pas de Jolly Jumper qui parle, pas plus que de clope au bec car au delà du mystère du braquage de la diligence, l’auteur de "L’âge de raison" (meilleur album au festival d’Angoulême 2003) et d’"Esteban" va se charger de nous expliquer pourquoi Lucky Luke a arrêté de fumer !
Délaissant le principe des gags de l’original, le Lucky Luke de Bonhomme flirte plutôt avec les westerns des années 50 et 60 et notamment ceux de John Ford, auteur de "L’homme qui tua Liberty Valence". L’ambiance est donc plus réaliste, moins ado et plus sombre (cette fois il y a bien mort d’homme) et le héros qui débarque précédé par sa réputation ne s’avèrera finalement pas si solitaire et flegmatique qu’on le pensait. Mais pas de crainte, on retrouve tout de même l’âme de la série avec les situations cultes (l’arrivée du héros dans un bled paumé, un cador local, le duel…) et les couleurs contrastées en grands aplats.
Dargaud n’en a pas fini pour autant avec le 70e anniversaire de l’homme qui dégaine plus vite que son ombre : un second album hommage signé Guillaume Bouzard et, en fin d’année, un nouvel album de la série classique des "Lucky Luke" toujours dessiné par Achdé mais avec Jul au scénario. Sans oublier, l’exposition "L’art de Morris" visible à la cité internationale de l’image et de la BD d’Angoulême jusqu’au 16 octobre 2016. 

Dessin et scénario : Matthieu Bonhomme - Editeur : Dargaud - Prix : 14,99 euros.