JEU D’OMBRES - Tome 1. Gazi !

, par Estelle

Un étudiant d’origine turque, dont le frère est emprisonné en Turquie, s’implique dans la vie associative et politique d’une cité lyonnaise. Un thriller social réaliste et nuancé qui fonctionne très bien.

Pendant que Viviane, étudiante qui vient de rater ses examens et animatrice d’une radio associative dans la cité, décide de se lancer dans la vie politique, son ami Cengiz fête de son côté sa licence de droit. Ce fils d’immigrés turcs et frère d’un trafiquant de drogue emprisonné en Turquie, devient la vedette de la cité lorsqu’il parvient à éviter un affrontement entre jeunes et forces de l’ordre.
Prévu en en deux tomes, "Jeu d’ombres" est une plongée au coeur de la banlieue gagnée par la violence, les trafics en tout genre et la montée de l’islamisme. Mais Loulou Dedola ("419 African Mafia") évite de tomber dans le manichéisme. L’éclairage est complet, réaliste et nuancé. On y découvre le personnage charismatique de Cengiz, d’une grande profondeur - un jeune militant laïc qui doit jongler entre ses responsabilités familiales, ses ambitions personnelles et politiques -, les habitants du quartier soucieux de s’investir, l’instrumentalisation des talents de la cité par les politiques, etc. Tout cela sent le vécu mais il est vrai que le scénariste, également romancier, leader du groupe RCP, auteur, compositeur et interprète, a lui-même grandi en banlieue lyonnaise. Le dessin à l’aquarelle de Merwan ("Le Bel Age", "L’Or et le sang") colle bien à l’ambiance du récit tandis que le découpage est d’une grande lisibilité, malgré le grand nombre de cases par planche. Vu toutes les pistes qu’a ouvertes Dedola ici, le second tome promet d’être très très dense.

Dessinateur : Merwan - Scénariste : Loulou Dedola - Editeur : Glénat - Prix : 14,95 euros.

- Interview de Loulou Dedola : "Un éclairage différent sur la banlieue"