Franquin, il était une fois LES IDEES NOIRES

, par Estelle

Réédition des fameuses "Idées noires" de Franquin dans un album hommage riches en interviews. Des gags toujours aussi bons et d’actualité, 40 ans après.

Papa du Marsupilami et de Gaston Lagaffe, André Franquin est décédé il y a 20 ans, en 1997. L’occasion pour les éditions Fluide Glacial de rééditer ses fameuses "Idées noires", augmentées de sa biographie et de témoignages, dont celui de sa fille Isabelle et de Frédéric Jannin, l’un de ses proches. Une sorte de livre hommage donc qui permet de (re)découvrir ses dessins les plus adultes, inspirés par l’actualité ou d’autres considérations, politiques ou religieuses.
On a beaucoup dit que Franquin était un dépressif chronique, un état psychologique cependant démenti par sa fille dans l’ouvrage. Qu’importe. 40 ans après la naissance des "Idées noires" dans le Trombone illustré, un supplément encarté dans le Journal de Spirou, force est de constater qu’on en rit toujours. Les monstres de tous poils, dont on apprend dans le livre que l’auteur belge adorait les dessiner et que Goscinny rêvait de leur écrire un scénario, ces gags à l’encre charbonneuse aussi hilarants qu’horrifiques (le condamné déposé sur une planète-labyrinthe, l’invention du siège éjectable pour hélicoptère, le chien qui a perdu son maître inconsolable parce que sa baballe est dans le cercueil, l’homme qui donne à manger aux mouettes et qui finit dévoré, le cheval qui abat son jockey blessé à la jambe…) montrent qu’avec lui, le noir n’est pas synonyme de désespoir mais une manière de représenter sans concession la société, de dénoncer la capacité destructrice de l’humanité avec ses principales thématiques : écologie, guerre, cause animale, peine de mort, religion, etc.
Grâce aux interviews et aux nombreux textes émaillant le livre de 120 pages et venant éclairer le contexte des gags, le lecteur apprend également à découvrir l’homme derrière le dessinateur à l’humour noir. Un humaniste jovial et engagé, aux multiples facettes, qui nourrissait quelques regrets mais aussi des espoirs...