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25/05/2013
Philippe Richelle : Philippe Richelle : "Un passionnant travail de recherche"
Pour écrire les trois séries des "Mystères de la République", Philippe Richelle s’est documenté sur les ligues d’extrême droite des années 30, Vichy, l’épuration ou les évènements d’Algérie. De quoi ancrer ses polars dans une réalité historique passionnante.

Comment est née l’idée de créer une série comportant trois histoires différentes ? Puisque les trois histoires sont totalement indépendantes, pourquoi les rassembler dans une même série à tiroirs ?
Philippe Richelle. Ça faisait un moment que j’avais envie de créer une série mêlant mon goût pour le polar, la politique et l’Histoire. J’avais déjà conjugué polar et politique dans "Les Coulisses du Pouvoir" (avec Delitte). Quant à l’Histoire, je l’explore notamment dans la série "Amours fragile" (avec Beuriot) dont le tome 6 sortira en fin d’année. Je voulais bosser sur un projet éditorial ambitieux, impliquant plusieurs dessinateurs. Il m’a fallu un certain temps pour définir le concept : explorer l’Histoire contemporaine de la France à travers des récits policiers, dans 3 cycles distincts se rattachant chacun à une République, chaque cycle comportant 5 albums. Glénat - qui est certainement l’éditeur le plus indiqué pour ce type de projet - s’est montré emballé d’emblée.

Il fallait ensuite trouver des dessinateurs...
Ph.R.. Cela a pris pas mal de temps. Le choix de Pierre Wachs s’imposait assez naturellement puisque nous avions travaillé ensemble sur "Secrets bancaires" (Glénat) puis "Opération Vent printanier" et "Libre de choisir" (Casterman). Pierre excelle à traduire l’atmosphère des années 30/40, comme il l’a démontré dans "Opération Vent printanier". Il était tout indiqué pour le premier cycle, consacré à la 3e République.
Le choix de François (Ravard) et Alfio (Buscaglia) a été plus compliqué. Franck Marguin, mon éditeur chez Glénat, qui a porté le projet avec enthousiasme et compétence, m’a proposé de nombreux dessinateurs avant eux, qui ne convenaient pas pour différentes raisons sans que leur talent soit mis en cause. Quand il m’a montré le travail d’Alfio et de François, que je ne connaissais pas et qui m’ont immédiatement séduit. Je tenais à ce que les dessinateurs aient des styles bien différenciés, afin de conférer à chaque cycle une identité graphique bien marquée, comme s’il s’agissait de séries distinctes. Ce qui est d’ailleurs un peu le cas.

Comment avez-vous choisi les trois périodes (1937, 1946, 1959) ?
Ph.R.. Dans chaque cycle, je mets en scène un personnage principal (un flic) que l’on voit évoluer sur plusieurs années. J’ai choisi les années 30 et la guerre, celle-ci étant l’aboutissement tragique et inéluctable des tensions qui se sont amplifiées au cours de la décennie, pour des raisons multiples. Je porte un intérêt particulier à cette période certes éloignée dans le temps mais dont je me sens proche pour en avoir entendu beaucoup parler quand j’étais jeune dans la bouche de mes parents et grands-parents. Les années 30 sont très riches sur les plans politique, social, artistique, technologique. Elles sont assez complexes à décrypter. Sur le plan politique, elles voient l’avènement ou l’affermissement de régimes totalitaires de gauche comme de droite : Allemagne, Espagne, Italie, URSS...En France, la démocratie parlementaire est en crise. Deux idéologies inconciliables s’affrontent : communisme et fascisme(s). On est frappé par le succès qu’elles rencontrent, notamment auprès des jeunes, alors que les dérives du Stalinisme sont connues.
Gide et d’autres les ont dénoncées. Tout comme les dérives des régimes fascistes ou assimilés puisque la rhétorique hitlérienne au début des années 30 annonce les horreurs à venir. Sur le plan social, c’est l’avènement de la semaine des 40 heures, des congés payés. Sur le plan de l’innovation technique, l’automobile évolue de manière fulgurante, l’aviation se développe, on invente la télévision, les premiers ordinateurs. Quant à la vie intellectuelle et artistique en France, elle est foisonnante.



Comment va s’articuler le récit au fil des 5 tomes ?
Ph.R.. Ce cycle "3e République" couvre un période qui va de 1937 à 1944. Dans les deux premiers tomes, il est question de la lutte de l’extrême droite contre le régime parlementaire en crise, des ligues factieuses, des organisations occultes qui en sont issues avec une référence évidente à la Cagoule. Dans les tomes suivants, on entrera de plain-pied dans la guerre, avec la collaboration, le pétainisme, le meurtre d’un ancien ministre du Front populaire assigné à résidence par Vichy, le rôle de la police sous l’Occupation, la difficulté pour des flics intègres de conserver leur honneur, leur dignité, surtout à partir du moment où le régime de Vichy bascule dans une véritable collaboration d’état avec l’Allemagne.



Et pour "Les mystères de la 4e République" ?
Ph.R.. Ce cycle débute en 1946 et se clôt en 1958 avec la crise algérienne et le retour de De Gaulle aux affaires. Il couvre donc toute la 4e République. Dans le premier tome, l’intrigue tourne autour de la collaboration, des résistants de la dernière heure, de l’épuration sauvage... Ce sont des sujets sensibles, aujourd’hui encore. À ce titre, ils sont relativement peu abordés dans la fiction. Dans les tomes suivants, il sera question de la Guerre froide en France, du retour aux affaires d’un certain nombre de collabos, de la lutte contre le FLN en 56/57 et, enfin, de la crise algérienne de 58, évoquée plus haut.



Continuons avec la série sur la 5e République ?
Ph.R..
Elle s’étale de 1959 à la fin des années 60. Dans le premier opus, l’intrigue explore un réseau secret de Français (intellectuels, artistes, prêtres, déserteurs de l’Algérie..) qui viennent en aide au FLN, dans le cadre de son financement essentiellement. Un tel réseau a existé : le réseau Jeanson. Par la suite, il sera encore largement question de la guerre d’Algérie avec la manifestation du FLN à Paris en octobre 61, l’OAS... mais aussi des intérêts pétroliers de la France en Afrique noire.


Est-ce qu’ancrer un polar dans un contexte historique facilite ou au contraire complexifie son écriture ?
Ph.R.. Ah, c’est beaucoup plus compliqué ! Dans le polar historique, il faut non seulement travailler sur l’intrigue et les personnages - comme pour un polar contemporain - mais aussi s’appuyer sur une solide documentation, ce qui suppose un gros travail de recherche, de nombreuses lectures. Mais c’est passionnant !

L’un de vos personnages s’appelle Izzo. Est-ce un hommage au romancier Jean-Claude Izzo ? Quelles sont vos références en termes de polar ?
Ph.R.. Oui, on peut y voir une forme d’hommage. Izzo - trop tôt disparu - est un auteur que j’apprécie, en particulier pour sa sensibilité dans l’étude des rapports humains. En ce qui concerne mes références, elles sont très éclectiques : ça va de grands classiques (Simenon, Sciascia, Patricia Highsmith, Leo Malet, les romanciers US des années 40/50...) à des auteurs plus actuels comme James Ellroy, Ellory, Mankell, Coben, Camilleri. Concernant la télévision, je suis un fan absolu de l’inspecteur Morse. Je précise que je ne suis pas - et n’ai jamais été - un "dévoreur" de polars. D’une manière générale, je lis de moins en moins de fiction, l’essentiel de mes lectures étant constitué de biographies, d’essais, d’ouvrages d’Histoire ou d’actualité liés de près ou de loin avec mes scénarios présents et à venir. La fiction, c’est plutôt en vacances...

Ces trois premiers tomes se terminent plus ou moins par la résolution d’une enquête. C’est un choix qui peut surprendre pour des séries prévues en 5 tomes chacune ?
Ph.R.. Je n’avais pas envie de tirer une intrigue en longueur sur 5 albums, de faire languir le lecteur. C’est un procédé que la BD a beaucoup exploité mais qui, à mon avis, ne correspond plus aux attentes actuelles des lecteurs, à l’esprit du temps. Je voulais que les albums puissent être lus indépendamment des autres. Dans chaque album, le héros enquête sur un meurtre qui trouve sa solution au terme des 54 pages. À ces intrigues indépendantes vient cependant s’ajouter une intrigue "transversale", une sorte de fil rouge tissé autour de la trajectoire des héros et de leur entourage.

Les enquêteurs de ces trois histoires se ressemblent physiquement, mais ne portent pas le même nom. Vous n’avez jamais été tentés de conserver les mêmes personnages à diverses époques de leur vie ?
Ph.R.. C’est vrai que Peretti (le héros du premier cycle) et Coste (celui du deuxième) ont des caractéristiques physiques communes. C’est le fruit du hasard. Pour le reste, les trois héros sont très différents : ils n’ont pas le même tempérament, la même psychologie, le même mode de vie, la même situation de famille, les mêmes origines sociales...

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Les Mystères de la 3e République - Tome 1. Les démons des années 30" par Philippe Richelle et Pierre Wachs.
"Les Mystères de la 4e République - Tome 1. Les résistants de septembre" par Richelle et Alfio Buscaglia.
"Les Mystères de la 5e République - Tome 1. Trésor de guerre" par Richelle et François Ravard. Soleil. 13,90 euros.


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