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9/05/2005
LE REVISIONNISME DANS LES MANGASLE REVISIONNISME DANS LES MANGAS

Les manifestations parfois violentes de milliers de Chinois protestant contre le révisionnisme historique nippon, ces dernières semaines, ont remis en lumière une vieille polémique entre les deux pays (voir le dossier d’Arnaud Nanta sur Amnistia.net). Les incidents ont en fait éclaté lors de la réédition au Japon d’un manuel d’histoire qui minimise les brutalités de l’impérialisme nippon entre les années 1937 et 1945.
La tendance japonaise à "l’amnésie" n’est certes pas nouvelle et la droite japonaise a toujours contesté une "vision culpabilisante du passé". Ce n’est d’ailleurs qu’en 1997 que la cour suprême du Japon a reconnu, pour la première fois, l’illégalité de la censure gouvernementale sur un manuel scolaire relatant les crimes de guerre de l’armée japonaise. Mais depuis les années 90, l’offensive révisionniste a pris une nouvelle dimension, les révisionnistes se concentrant en un "mouvement national" ("kokumin undô") et réunissant autour de Nobukatsu Fujiyoka, professeur à l’université de Tokyo, de nombreux hommes politiques, hommes d’affaires et intellectuels. Bénéficiant d’un écho dans une partie de la grande presse comme le Sankei Shimbun, le révisionnisme a alors cherché à s’imposer dans d’autres médias. Le manga avec ses 400 millions d’exemplaires vendus chaque année, était une cible de choix pour toucher le plus vaste public possible.

Des mangas d’abord plutôt antimilitaristes
"Gen d’Hiroshima" : le spectacle apocalyptique des villages dévastés et de la population brûlée après la bombe sur Hiroshima.
 
Jusqu’alors, la Seconde guerre mondiale était peu traitée dans la bande dessinée nippone et les mangakas à le faire adoptaient surtout une position antimilitariste. C’est le cas par exemple de "Touché par la pluie noire" (1968) et "Gen d’Hiroshima" de Keiji Nakazawa commencé en 1973. Publié en France chez Vertige Graphic, ce manga raconte l’histoire d’une famille vivant à Hiroshima et dont le père, pacifiste, considère que la guerre est perdue d’avance pour le Japon. Arrive le bombardement et la peinture d’un tableau apocalyptique... Si l’auteur ne sous-estime pas la responsabilité directe des Américains dans ce désastre, c’est principalement le comportement des dirigeants japonais qu’il critique. Le premier volume est entièrement consacré à dénoncer l’idéologie et la propagande dont ont été victimes les populations. Le "Journal de fuite" de Shigeru Mizuki est sur la même ligne pacifiste.
Puis, après des décennies au cours desquelles bon nombre de Japonais ont porté le poids de la défaite, leur attitude a changé. Une certaine fierté des militaires s’est installée parmi la population, en particulier la jeunesse qui n’a pas eu à souffrir des conséquences de la guerre. On a ainsi vu paraître des dizaines de titres offrant un visage positif des forces d’autodéfense japonaises, les FAD (d’après la constitution japonaise d’après-guerre, le pays ne peut disposer d’une armée) et entretenant ce que la psychiatre Kayama Rika nomme “le petit nationalisme”, comme l’explique dans un article Ilyfunet.com, journal franco-japonais d’informations. Depuis la parution en 1989 de "Chinmoku no kantai" ("Le Vaisseau silencieux"), racontant l’histoire d’un sous-marin nucléaire japonais déclarant son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis et du gouvernement japonais qui leur est inféodé, Kawaguchi Kaiji est devenu l’un des spécialistes du genre.
 
Image positive des forces d’autodéfense japonaises dans "Zipang" de Kawaguchi Kaiji.
Dans "Gunkutsu no hibiki" ("Bruit de bottes") adapté du roman de Hanmura Ryô (1993), il évoque même l’envoi de troupes en Indonésie pour protéger les intérêts économiques du Japon, en l’occurrence des champs pétroliers. De son côté, Tanabe Setsuo dans "Sengoku Jieitai" (Les Forces d’autodéfense au temps des seigneurs de la guerre) montre un visage différent des FAD qui se trouvent transportées plusieurs siècles en arrière et dont la mission va consister à participer à l’unification du pays, rôle éminemment positif. Dans sa dernière série intitulée "Zipang", Kawaguchi Kaiji continue à donner des FAD une image positive et responsable en imaginant l’histoire d’un bâtiment ultramoderne de la marine, dépêché en Amérique du Sud pour assurer la sécurité de ressortissants japonais, qui se retrouve en 1942 en pleine guerre du Pacifique et qui doit faire face à un dilemme : participer ou pas à la guerre quitte à changer le cours de l’histoire.

Yoshinori Kobayashi, fer de lance des révisionnistes
Mais c’est avec Yoshinori Kobayashi et son "Manifeste pour un nouvel orgueillisme" paru à partir de 1995 dans le bimensuel Sapio que le révisionnisme a véritablement fait son entrée dans le manga. Le mangaka était déjà connu pour avoir été l’un des premiers à discréditer les pouvoirs publics dans une affaire de sang contaminé et en révélant les complicités de la secte Aum.
Kobayashi dénonce le "système de lavage de cerveaux sous le nom de Muséum pour la Paix".
 
Dans "Manifeste pour un nouvel orgueillisme" ("Shin gomanisumu sengein"), Yoshinori Kobayashi met en scène un personnage principal qui prend ses propres traits (vêtu de noir, les cheveux plaqués en arrière et portant des lunettes rondes). Il revendique avec virulence le droit de penser par lui-même et dénonce les contre-vérités et le "bourrage de crâne" effectué par des enseignants aux ordres de l’étranger... Se défendant de tout racisme, le mangaka affirme que son jugement repose sur des faits objectifs et des doutes légitimes. Selon lui, le Japon n’a aucune raison de faire des excuses à ses voisins puisqu’il n’est pas responsable des crimes qu’on lui reproche encore.
Ces crimes de l’armée impériale aujourd’hui réfutés par les révisionnistes sont en particulier :

  • Le massacre de Nankin lors de l’invasion de la Chine par le Japon en 1937 : les quelque 200.000 Chinois qui n’ont pas fui la ville de Nankin, sont tous exécutés dans d’atroces conditions. Les femmes sont sauvagement violées, des hommes et des enfants sont enterrés vivants ou suppliciés.
  • Les femmes de réconfort : des archives militaires ont été découvertes incriminant l’armée japonaise dans une traite de 200000 asiatiques, essentiellement coréennes, destinées aux bordels militaires de l’armée impériale et dont on admet aujourd’hui qu’elles étaient forcées à la devenir et très souvent brutalisées.
  • L’Unité 731 : Entre 1936 et 1945, ce laboratoire de l’armée recruta plusieurs centaines de médecins issus des plus prestigieuses universités qui se livrèrent à toutes sortes d’expérimentations morbides. On inocula ainsi à 3.000 cobayes humains - chinois, mandchous ou russes blancs - la typhoïde, la dysenterie, la tuberculose et d’autres virus. Entre 1940 et 1942, l’Unité 731 mit en pratique ses recherches dans la région de Nankin en propageant des épidémies par les puits et les sources.
     
    Kobayashi : "Il n’y a pas seulement la guerre avec des fusils, il y a aussi la guerre de l’information, la guerre de propagande. Même aujourd’hui, époque de paix, cette guerre se poursuit."
    S’il préfère passer sous silence les victimes de l’Unité 731, Yoshinori Kobayashi affirme donc à propos des "femmes de réconfort" que "l’armée impériale a fait construire des maisons pour protéger les femmes de la violence qui régnait quand le Japon est entré en Chine." Et si ces femmes chinoises ou coréennes ont fini par sombrer dans la prostitution, la faute revient aux "collaborateurs chinois qui en ont fait commerce pour leur propre compte". Comme le note Philippe Pons dans un très bon article sur "Le révisionnisme dans le manga" (Le Monde diplomatique, octobre 2001), Kobayashi ajoute dans le dernier volume du "Manifeste" - "Taiwanron" ("De Taïwan") - que pour ces femmes "devenir femmes de réconfort équivalait à une promotion car elles préféraient les bordels militaires à ceux des civils".

Les "blancs racistes" et les remarquables kamikazes japonais
"Taiwanron", le dernier volume du "Manifeste pour un nouvel orgueillisme" de Yoshinori Kobayashi
 
Dans une autre partie du "Manifeste", le "Sensôron" ("De la guerre"), le mangaka y développe de manière outrancière la thèse de l’expansionnisme comme guerre de libération des peuples d’Asie. "En Asie orientale, le Japon ne s’est pas battu contre les Asiatiques, mais contre les Occidentaux, ces peuples racistes qui avaient colonisé l’Asie." Ou encore : "Il fallait bien qu’un jour un pays asiatique se révolte contre les impérialistes blancs de l’Occident." Concernant les crimes commis par l’armée impériale japonaise et notamment le massacre de Nankin, Kobayashi les rejette entièrement : "S’il y a bien eu un crime falsifié au cours du procès du Tribunal international de Tokyo, c’est l’incident de Nankin (...). Ils [les vainqueurs] avaient besoin d’un crime qui puisse équilibrer les 300.000 morts japonais d’Hiroshima et de Nagasaki." Et en guise de conclusion : "Nous pouvons être fiers de nos grands-pères, qui ont lutté contre le racisme des Blancs !" Qu’en est-il des Chinois, contre lesquels le Japon s’est battu ? Et des Coréens, dont il a colonisé la péninsule ? Quant aux autres peuples d’Asie, l’auteur n’en fait pratiquement pas mention.
Le départ san sretour des Tokkotai, des hommes valeureux qui forcent le respect pour Kobayashi.
 
Toujours dans le "Sensôron", le mangaka réserve une partie de son discours aux "Tokkotai", ces Forces Spéciales d’attaque spécialisées dans les missions suicide dont 6.000 de ses membres seraient morts non seulement en tant que pilotes kamikazes mais également dans d’autres types d’attaques (planeurs équipés de rockets, bateaux à moteur bourrés d’explosifs, etc). Kobayashi rejette évidemment l’idée qui a circulé parfois que ces Tokkotai étaient enchaînés à leurs sièges, saoulés ou drogués avant leur mission afin d’engourdir leur sens. Il refuse de la même façon, la vision "gauchiste" voulant que les Tokkotai n’étaient que des victimes mortes en vain. Il cite des lettres de pilotes kamikazes afin de prouver qu’ils sont morts volontairement pour leur pays, patrie, familles, et empereur et inclut la lettre émouvante écrite par Masahisa Uemura à sa jeune fille Motoko.

Le pouvoir de censure des révisionnistes
Les positions tranchées de Kobayashi et de ses amis révisionnistes sur la Seconde guerre mondiale ne reflètent pas bien sûr l’ensemble de l’opinion japonaise. Mais le succès en librairie du "Sensôron" (paru en 1998, les ventes ont dépassé 500.000 exemplaires en cinq ans), montre bien cependant les interrogations d’une partie de la population. Selon Philippe Pons, le révisionnisme profite en effet d’un climat d’inquiétude diffus provoqué par la crise économique. Une partie de l’opinion, fragilisée, est réceptive à son message : une réhabilitation du passé permettant de se replier sur les valeurs traditionnelles d’un "beau Japon".
 
Le manga "Kuni ga Moeru" a été censuré après la colère des révisionnistes suite à une photo montage.
En 2004, la maison d’édition Shueisha, éditrice de "Vidéo Girl Aï" ou "Dragon Ball", a fait les frais de l’influence grandissante des révisionnistes. Propriétaire du magazine Weekly Young Jump (2 millions d’exemplaires par semaine), elle publiait depuis 2002 "Kuni ga Moeru" ("Le pays qui brûle") du mangaka Motomiya Hiroshi, mettant en scène un jeune bureaucrate lorsque deux chapitres mettant en scène le massacre de Nankin (dont une photo de militaires japonais) ont soulevé une véritable vague de protestations sous forme de lettres et d’appels téléphoniques accusant la photo d’être un faux produit par les Chinois. L’éditeur a effectivement reconnu que la photo incriminée était un montage (les soldats ne portaient pas l’uniforme réglementaire durant la seconde guerre sino-japonaise et la guerre du Pacifique ; Motomiya Hiroshi a donc redessiné les uniformes pour qu’ils “collent” à la réalité). Finalement, pour calmer le jeu, la publication du manga a été suspendue pendant quelques numéros et l’éditeur a dû annoncer que la sortie en album serait amputée des 21 pages contestées.


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