Olivier Milhaud : "Sur le tournage d’un porno"

, par Estelle

Scénariste de bande dessinée jeunesse, Olivier Milhaud a été invité par son ami John B. Root à tourner (habillé) dans une production pour adultes. "Explicite" dévoile avec humour et tendresse les coulisses de ce tournage. Jamais racoleur puisqu’aucune scène X n’est dessinée, cet album parle aussi tout simplement de cinéma.

Vous avez été invité à tourner une scène traditionnelle dans un film porno. Quand avez-vous eu l’idée d’en faire un album ?
Olivier Milhaud. En réalité, sur le tournage, pour patienter car c’est toujours un peu ennuyeux d’être sur un plateau ciné, j’ai commencé à prendre des notes de-ci de-là... Ça fut à mon retour, lorsque j’ai commencé à raconter à mes proches l’expérience, que j’ai senti qu’il y avait là le potentiel à raconter une histoire.



Aviez-vous des références dans ce style de BD à la première personne ? Guy Delisle peut-être ?
O.M. Non, pas vraiment. Bien sûr, j’adore les récits d’autofiction de Guy Delisle, mais je crois que ma principale influence est Posy Simmonds avec des livres comme "Tamara Drew" ou "Gemma Bovary".



Les coulisses du X ont été déjà été racontées sur le ton de la comédie dans l’excellente série télé "Hard". Vous n’avez jamais été tenté par la comédie ?
O.M. Je vois très bien "Hard". Il y a également, sur le même sujet, la très bonne série "Q.I." réalisée par Olivier de Plas. Dans ces séries, avec toutes leurs qualités, nous sommes dans un registre pur de comédie avec diverses intentions. Là, dans "Explicite", il y a une forme de témoignage, l’aspect du candide au pays du X. Ce n’est pas absolument original, mais je ne crois pas que ça a été fait.

Raconter le tournage d’un film porno sans jamais montrer la moindre scène X s’est imposé comme une évidence ?
O.M. Lors de l’écriture proprement dite du script, je me suis aperçu que cela pouvait être une des forces du récit, et au vu de ce que je souhaitais raconter, aucune scène X n’avait de justification à être présente. Lorsque le projet est devenu réel et que nous avons commencé à travailler avec Clément (le dessinateur), c’était effectivement, non seulement une évidence, mais même une des forces du projet.



Quand vous racontez le tournage, on a l’impression que ce ne serait pas très différent sur un film traditionnel. C’était aussi votre ressenti ?
O.M. Totalement ! Certes, sur un tournage traditionnel, il y a plus de moyens, c’est plus, disons prestigieux, alors que là il y a aussi un côté débrouille qui est très sympathique. Chacun, mis à part son rôle pré-défini sur le plateau, met la main à la pâte. Mais, il y a peu ou prou les mêmes problèmes que sur un tournage traditionnel.

Et ce film "Mangez-moi" alors, il est bien ?
O.M. Le film est bien, je crois, mais je suis de parti pris, surtout du fait de jouer dedans. Donc, je vois surtout mon jeu de cabotin... Ça m’a surtout fait comprendre que j’étais un piètre comédien !



"Explicite" raconte également la première d’un comédien amateur. On sent que c’est une expérience vraiment particulière ?
O.M. Oui. Je sais que le livre marque surtout vis-à-vis du milieu qu’il raconte, mais je souhaitais également parler du fait de jouer la comédie. C’est une expérience qui est en même temps très agréable mais un poil traumatisante. On se met un peu tout nu quand on joue. Ce sont de drôles de sensations, même si j’ai parfaitement conscience de ne pas avoir joué dans le dernier Bertrand Blier. Il y a une petite musique lorsqu’on joue qui est très agréable.



Vous annoncez une suite en vacances avec le réalisateur John B. Root. Qu’est-ce que vous allez raconter ?
O.M. C’est une surprise et cette suite dépendra du succès de la BD. Mais je peux d’ores et déjà dire, et sans jeu de mots, que ce ne sera pas une resucée d’ « Explicite ». On retrouvera, plus ou moins les mêmes personnages, mais ce sera autre chose et effectivement des vacances un peu... particulières (sourire).

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Explicite, carnet de tournage" par Clément C. Fabre et Olivier Milhaud. Delcourt, collection Mirages. 16,95 euros.

- Notre critique d’"Explicite"